REFLEXIONS PROSPECTIVES // La relocalisation : quelles perspectives dans le contexte du développement durable ?
On peut définir la relocalisation économique de deux manières :
Au sens strict, c'est le retour dans leur pays d'origine d'unités productives antérieurement délocalisées sous diverses formes dans les pays à faibles coûts salariaux.
Au sens étendu, la relocalisation apparaît comme le ralentissement du processus de délocalisation des activités économiques, ou bien la remise en cause des décisions de délocalisation dans les secteurs sensibles à la compétition par les coûts.
Relocalisation contre mondialisation ?
La relocalisation d’une activité économique apparait immédiatement comme une réponse aux problématiques des nuisances environnementales et de la consommation d’énergie associée aux échanges économiques et au transport de marchandises.
La part croissante des échanges croisés de produits, notamment dans des grandes zones régionales comme l’Union Européenne, de même que les conséquences d’une consommation a-saisonnière de fruits et légumes cultivés aux antipodes de leur lieu de consommation, illustre à quel point l’augmentation des circuits de transport des marchandises a souvent peu à voir avec l’amélioration des conditions de vie des producteurs ou même de la qualité de vie des consommateurs.
En réaction à cette déterritorialisation des activités et des productions, les économies dites « solidaire » ou «alternative » se sont peu à peu développées. Le succès des AMAP (Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) témoigne de cet enjeu de relocalisation, tout comme la volonté de certaines entreprises ou coopératives engagées dans la reconstruction d’un tissu économique local. L’agriculture vivrière de proximité est par exemple souvent évoquée comme une solution aux graves conséquences des circuits longs en matière d’approvisionnement alimentaire.
La relocalisation : utopie ou projet politique ?
A la fois rationalité micro-économique et projet social, la relocalisation est bel et bien un projet politique. Mais ce projet se heurte assez rapidement à de fortes objections économiques.
Economiquement parlant, en effet, cette démarche peut apparaitre comme un pur crédo, difficilement généralisable. La relocalisation s’oppose au concept principal du commerce international, celui de l’avantage comparatif d’un pays à produire tel ou tel bien, principe qui exclut par définition toute autre forme de rationalité économique ou sociale. L’avantage considéré dans cette logique est donc un avantage financier, comptable. Cependant, cette optique passe sous silence ce qu’il conviendrait d’envisager dans le cadre d’une facture globale.
En effet, si relocaliser reviendrait inévitablement à rendre de nombreux produits plus onéreux et moins abordables, les coûts associés aux échanges économiques actuels (transports, dégradation de l’environnement, délitement des communautés locales) sont loin d’être nuls en termes d’impact sur les ressources naturelles et le climat, qui finiront également par peser lourd - comptablement parlant - sur l’économie mondiale. Ceux-ci commencent d’ailleurs à être pris en compte dans le cadre de ce qu’on pourrait appeler un « coût global » de l’économie sur la planète.
Tout l’enjeu de notre balance commerciale consiste à investir dans les branches productives ou la France exportera avec profit et à abandonner celles ou notre avantage comparatif est nul. Ainsi, alors que nous n’avons plus - c’est un fait - de raisons économiques de produire un certain nombre de biens de consommations ou de services sur le sol national, il semble pourtant nécessaire de dépasser cette logique et de réfléchir à des modes d’approvisionnement alternatifs.
A une échelle qui ne saurait être que nationale sans nous désavantager au détriment des autres pays ou régions économiques, restaurer un système d’approvisionnement plus favorable à l’emploi local et à la limitation des gaz à effet de serre constituera nécessairement la base des futures discussions économiques et sociales. C’est tout l’enjeu de la relocalisation.
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A l’exception de la première, dont les enjeux sont directement politiques, les deux autres problématiques seront abordées dans de prochaines réflexions en lien direct avec la filière du bâtiment.

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