
Pouvez-vous nous expliquer concrètement ce qu’est la gestion intégrée des eaux pluviales (GIEP) ?
La gestion intégrée des eaux pluviales est une démarche qui consiste à favoriser l’infiltration de l’eau dans un lieu ou un ouvrage ayant déjà une première fonction. Elle permet ainsi de limiter, voire d’éviter le recours aux canalisations, avaloirs, grilles ou réservoirs destinés à évacuer l’eau vers les rivières ou les réseaux collectifs.
Ce mode de gestion présente de nombreux intérêts :
- Environnementaux, en limitant l’imperméabilisation des sols, la fréquence et l’ampleur des inondations et la pollution des milieux récepteurs ;
- Économiques, grâce à une réduction des coûts de travaux et d’entretien ;
- Sociétaux en misant sur des solutions fondées sur la nature qui améliorent le cadre de vie.
La GIEP peut être mise en œuvre dans des projets de construction neuve comme sur des parcelles existantes, et plus largement dans des projets d’aménagement.
Quelles raisons ont poussé l'Association QUALITEL à intégrer la GIEP dans ses référentiels de certification à travers un profil dédié, d’abord à l’Île de la Réunion, puis désormais à la Métropole ?
Notre forte implantation en Outre-mer, et notamment à l’Île de la Réunion, nous a naturellement conduits à nous engager sur ce sujet. Nous avons été sollicités pour participer à un projet financé par Action Logement, mené en partenariat avec la SEMAC et Michel Bénard (BET ELLENY), visant à élaborer un référentiel dédié à la gestion intégrée des eaux pluviales.
A la Réunion, les enjeux sont particulièrement marqués : les épisodes pluvieux peuvent être intenses et les pratiques historiques consistaient principalement à canaliser l’eau pour l’évacuer vers la mer ou les ravines. Ces cours d’eau sont à sec une grande partie de l’année, puis se retrouvent saturés lors de fortes pluies, avec des rejets directs dans l’océan.
L’approche existante empêche toute infiltration dans les sols, avec des conséquences à la fois environnementales et urbaines, sans compter les risques de débordement lors d’événements climatiques extrêmes.
En partant de ce constat, nous avons développé un premier label à La Réunion, avant de souhaiter, avec l’accord de nos partenaires, l’étendre au-delà de l’Outre-mer.
En le déployant en Métropole, nous avons partagé ce travail avec l’Alliance HQE-GBC, qui s’en est saisie pour définir un cadre de référence national sur la GIEP. Cela constitue aujourd’hui le socle du Profil GIEP associé à la certification NF Habitat – NF Habitat HQE, opérationnel depuis le 1er janvier dernier.
Quels sont les enjeux environnementaux et urbains liés à la gestion des eaux pluviales ?
L’urbanisation ne créé pas la pluie, mais modifie profondément le cycle naturel de l’eau, entraînant ruissellement, pollution et débordements des réseaux. La conception des projets en GIEP vise à se rapprocher le plus possible du cycle naturel en guidant l’eau vers des lieux de stockage sur de grandes surfaces, sur de faibles hauteurs, favorisant ainsi l’évaporation et l’infiltration. On réhumidifie les sols, on recharge les nappes phréatiques et on désature les réseaux enterrés.
Cette approche favorise ainsi une meilleure adaptation des villes et des bâtiments aux phénomènes climatique extrêmes : inondations et sécheresse car la ressource en eau est préservée tant en quantité qu’en qualité. Elle contribue à une réduction notable de l’empreinte carbone des chantiers, notamment grâce au calage altimétrique et l’économie de terrassement, de mur de soutènement, de surface minérale ou encore de réseaux enterrés.
Quels sont les principaux défis à surmonter lors de la mise en œuvre de la GIEP dans les projets de construction ?
Il y en a plusieurs. C’est peut-être pour cela que le constat est partagé, mais la mise en action compliquée. Le premier est le changement de regard à porter sur l’eau. Ce n’est pas un danger ou un déchet, mais une ressource à préserver et mettre en valeur.
Un autre défi réside dans la nécessité de disposer d’une véritable expertise. Il est essentiel de former des professionnels, notamment les bureaux d’études VRD, à ces nouvelles pratiques. Cela passe par la reconnaissance et la validation de compétences, matérialisées par la notion d’expert référent GIEP. A ce titre, QUALITEL Formation propose des formations dédiées.
Sur le plan technique, la GIEP implique un changement profond des pratiques et des habitudes en intégrant le sujet de l’eau très en amont pour co-construire un projet autour de solutions surfaciques, visibles qui mobilisent des compétences variées (architecte, paysagiste, bureau d’études, …) et nécessitent de faire confiance à la nature.
Chez QUALITEL, nous retenons systématiquement des hypothèses de pluviométrie intégrant les crues et les pluies centennales. L’objectif est de traiter les situations extrêmes afin de garantir la pérennité des biens et des personnes.
Comment l’Association QUALITEL sensibilise-t-elle les acteurs de la construction à l’importance de la GIEP ?
Le déploiement de la GIEP à travers un profil de certification dédié, en lien avec l’Alliance HQE-GBC, a permis de donner une forte visibilité à cette thématique.
Nous constatons d’ailleurs que les acteurs qui découvrent la GIEP et l’expérimentent souhaitent la reproduire. Elle présente un intérêt économique réel, et répond à des enjeux territoriaux majeurs d’adaptation au changement climatique.
Il s’agit donc d’un véritable enjeu de politique publique et d’aménagement du territoire. Pour QUALITEL, la certification constitue un levier essentiel pour porter ce message, en lien avec la prescription territoriale et nos partenariats, notamment avec l’Alliance HQE-GBC.