
Quel bilan tirez-vous du partenariat engagé entre l’Association QUALITEL, CERQUAL Qualitel Certification et l’EPAU depuis janvier 2024 ?
Lorsque nous avons signé ce partenariat en janvier 2024, l’objectif était d’observer les 97 projets lauréats du programme et d’analyser plus particulièrement ceux qui s’engageaient dans une démarche de certification NF Habitat HQE. Nous souhaitions comprendre comment ces projets abordaient les questions de qualité – notion portée par l’Association QUALITEL –, quelles méthodes constructives étaient mobilisées et dans quelle mesure les équipes allaient chercher les certifications.
L’enjeu était également de répondre à une question centrale : les projets expérimentaux ont-ils davantage recours aux certifications ? C’est cette analyse croisée qui a motivé la mise en place de ce partenariat.
Aujourd’hui, il est toutefois difficile d’en tirer des conclusions définitives. Le calendrier du programme ne correspond pas à celui des opérations immobilières : une grande partie des projets engagés dans une démarche de certification n’est pas encore livrée. Nous disposons donc uniquement de données partielles.
Parmi les projets du programme, environ 60 % sont portés par des maîtres d’ouvrage professionnels – bailleurs sociaux ou promoteurs –, pour lesquels la certification est une démarche connue et souvent déjà intégrée aux pratiques.
A l’inverse, pour les maîtrises d’ouvrage de plus petite taille – coopératives d’habitants, collectivités en maîtrise d’ouvrage directe ou porteurs de projets de faible envergure –, la certification apparaît plus difficile à mobiliser. Elle est perçue comme une charge supplémentaire en matière de coûts et de travail.
Ce que l’on observe néanmoins, c’est une corrélation entre les projets engagés dans le programme et la recherche d’une certification NF Habitat HQE. Les maîtres d’ouvrage candidatent à un programme visant à élever les standards de qualité et souhaitent pour cela s’appuyer sur des référentiels exigeants.
À travers les opérations accompagnées, quels facteurs ont complexifié l’aboutissement d’une démarche de certification ?
Il y en a plusieurs. Le premier est économique et concerne l’ensemble de la filière. Les projets du programme ont également rencontré des obstacles techniques et assurantiels, notamment lorsqu’ils cherchaient à mettre en œuvre des innovations constructives.
Ces difficultés se sont souvent combinées à des enjeux juridiques, en particulier pour les maîtrises d’ouvrage non conventionnelles. Certaines structures expérimentaient notamment de nouveaux modèles de gouvernance ou de montage d’opération sans avoir encore un cadre juridique totalement stabilisé, ce qui complexifiait les démarches.
Au lancement du programme, nous nous interrogions sur la capacité des normes à accompagner l’innovation. Nous avons constaté que les normes ne bloquent pas l’innovation, mais qu’elles peuvent être complexes à mettre en œuvre, notamment parce qu’elles s’additionnent. Les principales difficultés relèvent davantage d’un manque de compétences ou de connaissances sur certains sujets spécifiques.
Par ailleurs, on constate aussi que les projets résistaient mieux aux contraintes économiques lorsque les ambitions de qualité étaient définies collectivement dès le départ. Lorsqu’une équipe partage une vision claire des objectifs à atteindre, il est plus facile d’arbitrer sans dégrader les qualités essentielles du projet, qu’il s’agisse des surfaces, de la luminosité ou des usages.
Enfin, la quasi-totalité des opérations qui souhaitaient mettre en place des dispositifs de réutilisation de l’eau ont rencontré des difficultés. Ces solutions devraient être intégrées dès la phase de conception, mais lorsqu’elles apparaissent en fin de parcours, elles génèrent des surcoûts qui conduisent souvent à leur suppression. Il existe aujourd’hui un réel besoin d’acculturation et de montée en compétence des équipes de maîtrise d’ouvrage et de maîtrise d’œuvre sur ces sujets.
Sur les 97 opérations lauréates du programme EPAU, 12 ont été suspendues ou abandonnées, et 31 se sont engagées dans une démarche de certification NF Habitat HQE, soit près de 36 % des projets. Comment analysez-vous ce taux d’engagement ?
L’engagement dans une démarche de certification apporte aux équipes un cadre commun de référence. Il permet à l’ensemble des acteurs du projet de s’appuyer sur des critères partagés, objectivables et comparables d’une opération à l’autre.
Cette approche facilite le dialogue entre les différents intervenants et contribue à structurer les démarches de qualité.
Concernant les profils de certification, les situations varient selon les projets. Certaines opérations affichent des ambitions élevées et cherchent naturellement à faire reconnaître leur caractère exemplaire à travers des profils ou niveaux de performance plus exigeants.
Quels ont été les principaux leviers pour intégrer les enjeux environnementaux, énergétiques et carbone dans les opérations accompagnées ?
L’un des enseignements marquants du programme est la place importante accordée aux approches low-tech, qui n’était pourtant pas une exigence du cahier des charges.
La plupart des équipes ont privilégié une réflexion globale sur les processus de conception et de construction. Beaucoup ont associé les riverains ou les futurs habitants aux échanges et ont cherché à s’appuyer sur des filières locales pour leurs choix constructifs.
Les stratégies de décarbonation varient d’un projet à l’autre, mais une tendance commune se dégage : la recherche d’une plus grande sobriété et d’une utilisation plus rationnelle des matériaux, notamment via l’utilisation de matériaux biosourcés.
Les projets témoignent d’une intelligence de conception qui permet de concilier qualité d’usage, performance environnementale et ambitions de certification. La réflexion porte notamment sur l’évolution des usages dans le temps, la modularité des espaces et leur capacité d’adaptation.
Nous observons également un retour de matériaux géosourcés, comme la pierre, appréciés pour leur durabilité, leur inertie thermique et leur capacité à améliorer le confort intérieur.
Avec la montée en puissance de la RE2020, des enjeux carbone et de la rénovation énergétique, quels sont les prochains défis pour accompagner la qualité des logements ?
Les lauréats du programme ont été sélectionnés en mars 2022. A l’époque, nous avions reçu environ 75 % de candidatures dans le neuf contre 25% pour des opérations de réhabilitation.
Le principal défi se situe clairement sur la rénovation du parc existant. Cette réalité apparaît encore plus nettement lorsqu’on aborde la question du confort d’été. Une grande partie du bâti existant a été conçue à une époque où l’objectif était de capter un maximum d’ensoleillement. Personne n’imaginait alors que des écoles ou des logements auraient à subir des épisodes de canicule aussi intenses pendant les périodes d’occupation.
L’adaptation du bâti existant devient donc un enjeu majeur. Cela implique de repenser les espaces, les usages et les stratégies de rafraîchissement.
Dans le neuf, la prise en compte du confort d’été progresse, mais les marges d’amélioration restent importantes.
Surtout, ces enjeux ne peuvent plus être abordés uniquement à l’échelle du bâtiment. Ils doivent être pensés à l’échelle du quartier, de l’îlot et du territoire. Dans un environnement fortement minéralisé, sans végétation ni dispositifs de rafraîchissement urbain, les performances d’un bâtiment isolé atteignent rapidement leurs limites. Le confort d’été doit être envisagé comme une problématique territoriale, intégrée aux politiques d’aménagement et d’adaptation au changement climatique.